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La Route des Grandes Alpes à moto : cols mythiques et haltes d'altitude

La Route des Grandes Alpes à moto : cols mythiques, meilleure saison, haltes de charme et la machine adaptée pour traverser cet itinéraire d'exception.

Royal Plaza 9 min de lecture
La Route des Grandes Alpes à moto : cols mythiques et haltes d'altitude

La Route des Grandes Alpes relie Thonon-les-Bains à Menton sur 684 kilomètres et 17 cols, dont six culminent au-dessus de 2 000 mètres. À moto, elle se transforme en un arpentage total : lacets serrés, panoramas suspendus, air raréfié des sommets. Le meilleur créneau court de mi-juin à mi-septembre, hors périodes d’enneigement des cols les plus hauts.

La Route des Grandes Alpes, un tracé pensé pour deux roues

Imaginée dès 1909 par le Touring Club de France, sous l’impulsion de son vice-président Léon Auscher, la route devait relier le lac Léman à la Méditerranée en s’appuyant sur les cols carrossables les plus spectaculaires des Alpes françaises. Plus d’un siècle plus tard, le tracé historique part toujours du kilomètre zéro de Thonon-les-Bains et rejoint la plaque d’arrivée de Menton, où une stèle marque officiellement la fin du parcours.

Le voyage se découpe en quatre séquences naturelles : de Thonon à la Tarentaise, avec les premiers cols de Haute-Savoie ; de la Tarentaise au Briançonnais, portion la plus haute du parcours ; du Briançonnais au Mercantour, où les paysages basculent vers la Provence alpine ; puis du Mercantour à la mer, dernière descente vers la lumière méditerranéenne.

Sur les 17 cols que compte l’itinéraire, six dépassent 2 000 mètres d’altitude. Cette accumulation de dénivelé distingue la Route des Grandes Alpes d’un simple road trip de montagne : aucune route française n’enchaîne autant de sommets carrossables sur une distance comparable.

En voiture, ce parcours reste une performance. À moto, il change de nature. Chaque épingle se négocie en appui, chaque replat impose de lever les yeux vers les crêtes, et la mécanique du col, montée, sommet, bascule, descente, se ressent dans le corps entier plutôt que par la seule fenêtre d’un habitacle. La proximité avec le relief et l’air qui se rafraîchit avec l’altitude comptent parmi les détails sensoriels qui distinguent un tel voyage d’un simple déplacement.

Route de montagne en lacets baignée par la lumière dorée du lever du soleil dans les Alpes

Quelle moto pour affronter ce terrain

Ce relief impose son cahier des charges. Les hauts cols alternent revêtement irrégulier, plaques de gravier laissées par les engins de déneigement et longues lignes droites d’altitude où le vent transversal se fait sentir. Trois critères priment sur tous les autres pour choisir sa machine.

  • Une position de conduite haute, qui dégage la visibilité dans les épingles et soulage les bras sur les longues montées.
  • Une garde au sol généreuse, utile sur les sections rustiques proches de certains cols isolés, où le bitume cède parfois la place au gravier tassé.
  • Une capacité d’emport suffisante pour tenir cinq à sept jours d’étapes : vêtements chauds, protection pluie, matériel photo.

La BMW R 1300 GS coche ces cases avec un bicylindre boxer de 1 300 cm³ développant 145 chevaux, un cadre hybride acier-aluminium allégé de 12 kg par rapport à la génération précédente et une hauteur de selle ajustable dès 850 mm, pensée pour s’adapter à la majorité des gabarits. Cette combinaison de couple disponible tôt dans les tours et d’un poids maîtrisé, 237 kg en ordre de marche malgré la capacité d’emport nécessaire à un tel voyage, compte souvent davantage que la puissance brute sur ce type de terrain technique. Découvrir la nouvelle BMW R 1300 GS avant de partir permet de caler ses attentes sur la réalité du parcours, entre montées techniques et longues transitions d’altitude.

Le choix des pneus compte tout autant que celui de la moto. Un profil mixte, à dominante route, tient l’asphalte des cols tout en absorbant les quelques passages non revêtus qui subsistent sur certains tronçons du Mercantour.

Les cols mythiques, de l’Iseran à la Bonette

Quatre cols concentrent l’essentiel de la légende de la route. Chacun mérite une pause, casque posé sur le réservoir, pour simplement regarder.

ColAltitudeDépart conseilléLe must
Col de l’Iseran2 764 mVal-d’IsèrePlus haut col routier des Alpes
Col du Galibier2 642 mCol du LautaretPanorama sur la Meije
Col d’Izoard2 361 mBriançonLa Casse Déserte, décor lunaire
Cime de la Bonette2 802 mJausiersRoute goudronnée la plus haute d’Europe

Le col de l’Iseran, le toit du parcours

Le col de l’Iseran culmine à 2 764 mètres, ce qui en fait le plus haut col routier des Alpes, la Bonette lui disputant le titre par une variante en boucle. La montée depuis Val-d’Isère déroule de longs lacets ouverts, sans arbre pour couper le vent, avec une vue qui porte jusqu’aux glaciers de la Vanoise. Côté nord, la route redescend vers Bonneval-sur-Arc, l’un des villages classés parmi les plus beaux de France, seul représentant de Savoie dans cette catégorie de montagne.

Ses chalets de pierre, de bois et d’ardoise composent une halte photographique évidente avant ou après l’ascension. Le col ferme généralement de mi-octobre à début juin, la neige s’accumulant tôt à cette altitude.

Épingles routières d’un col alpin vues en plongée depuis un promontoire rocheux

Le col du Galibier et la Casse Déserte de l’Izoard

Plus au sud, le col du Galibier atteint 2 642 mètres entre la Maurienne et le Briançonnais, dominé par un tunnel percé dès 1891 pour les mois où la neige bloque encore le sommet. La route qui y grimpe depuis le col du Lautaret offre l’un des panoramas les plus photographiés des Alpes françaises, avec la Meije en toile de fond. Un peu plus loin, le col d’Izoard, à 2 361 mètres, traverse la Casse Déserte : un chaos de roches ocre façonné par l’érosion, qui donne au paysage une allure presque lunaire et un terrain de jeu pour qui pratique la photographie de voyage en lumière rasante. Ce contraste entre alpages verdoyants et minéral brut concentre, sur quelques kilomètres, l’essentiel de ce que la route promet.

La cime de la Bonette, la route la plus haute d’Europe

Le col de la Bonette referme la trilogie. La route grimpe jusqu’à la cime, à 2 802 mètres via la boucle sommitale construite en 1961, quand le col proprement dit culmine à 2 715 mètres. Cette boucle en fait la route goudronnée la plus haute d’Europe, un argument que Jausiers, point de départ classique de l’ascension, revendique depuis des décennies.

Le panorama embrasse le parc national du Mercantour et la vallée de l’Ubaye. C’est aussi le col où l’air raréfié se fait le plus sentir : la température chute nettement entre la vallée et le sommet, même en plein été.

Quand partir : la fenêtre entre neige et orages

La fenêtre utile reste étroite. Les professionnels du voyage moto qui organisent la traversée calent généralement leurs départs entre fin juin et fin août, quand la totalité des cols est ouverte. Avant la mi-juin, l’Iseran, le Galibier et le col Agnel restent souvent fermés ou partiellement enneigés, la fonte n’ayant pas terminé son travail sur les versants nord. Après la mi-septembre, les chutes de neige redeviennent possibles dès 2 000 mètres et les hauts cols, Galibier, Izoard, Bonette et Cayolle en tête, ferment progressivement jusqu’au printemps suivant.

Les deux fenêtres les plus favorables se situent en réalité aux marges de l’été. De mi-juin à mi-juillet, la route vient de rouvrir : peu de trafic, végétation encore printanière sur les alpages, mais un risque météo légèrement plus élevé. De fin août à mi-septembre, la lumière rasante de l’arrière-saison sculpte mieux le relief et la fréquentation retombe nettement par rapport au pic de juillet-août. Juillet et la première quinzaine d’août restent la période la plus sûre pour garantir tous les cols ouverts, au prix d’une route plus fréquentée.

L’orage d’après-midi reste le vrai risque estival en haute montagne : mieux vaut partir tôt, viser les sommets avant midi, et surveiller le ciel côté ouest.

Moto de voyage vue de profil avant garée face à un panorama de sommets alpins

Où poser ses valises en altitude

Composer un tel itinéraire suit la même logique qu’un voyage de luxe sur mesure : un fil conducteur choisi, pas un programme figé, où chaque étape se décide selon l’envie du moment plutôt que selon un plan rigide. Un relais routier banal transforme le voyage en performance kilométrique ; une adresse choisie avec soin en fait un vrai séjour.

Côté nord, à Val-d’Isère, les Barmes de l’Ours occupent le pied de la piste olympique de la Face de Bellevarde. Cette maison Relais & Châteaux aligne 76 chambres et suites, un spa de 1 000 m² et un restaurant étoilé, la Table de l’Ours, pour clore une journée de cols sur une note gastronomique plutôt que sur un plateau-repas.

Côté sud, dans la vallée de l’Ubaye, la Villa Morelia, château hôtel quatre étoiles proche de Barcelonnette, offre un parc d’un hectare et une piscine à l’ombre des mêmes sommets que la route vient de franchir. L’endroit convainc par le contraste : après une journée de vent et d’altitude, retrouver un jardin clos et une eau chauffée referme la boucle sensorielle du voyage.

Entre ces deux points d’ancrage, quelques nuits en petits hôtels de village, à Bessans, Saint-Véran ou Barcelonnette même, suffisent à composer un itinéraire sans jamais dormir deux fois dans le même décor. Cette alternance entre effort du col et confort du soir distingue un vrai voyage d’un simple défi sportif.

Terrasse d’un hébergement de montagne dressée pour deux au coucher du soleil face aux sommets

Dans quel sens la parcourir, et par où commencer

Le sens historique va du nord au sud : départ du kilomètre zéro de Thonon-les-Bains, arrivée sur la plaque commémorative de Menton, face à la Méditerranée. Cette direction a pour elle la logique du récit : le parcours quitte les eaux calmes du lac Léman pour finir sur la lumière saline de la Riviera, et la plupart des panneaux jalonnant la route sont orientés dans ce sens. Rien n’empêche techniquement de la remonter du sud vers le nord ; certains motards préfèrent ce sens pour garder le soleil du matin dans le dos sur les premières montées plutôt que de le prendre en pleine face.

Compter cinq à sept jours pour un rythme qui laisse le temps de s’arrêter, contre six jours pour les circuits organisés par les spécialistes du voyage moto. Descendre en dessous de quatre jours transforme l’expérience en course contre la montre, ce qui va à l’encontre de l’esprit même du parcours.

Arriver à Menton referme une boucle, sans empêcher d’en ouvrir une autre. La Méditerranée qui s’étend depuis la plaque d’arrivée invite à prolonger le séjour : nos itinéraires de croisière de luxe en Méditerranée couvrent une partie des mêmes rivages, du côté de l’eau cette fois. Entre le vertige des cols et le calme d’une escale portuaire, la route et la mer racontent, à quelques heures d’intervalle, la même géographie française vue sous deux angles opposés.